Miracles et légendes de mon pays en guerre,
Roman, Denoël 2007, 332 pages, 20€
Lecteur aux yeux chastes et sensibles, s’abstenir !
Car lorsque Richard Morgiève vous embarque à Madagascar ou encore à la Riviera, il vous plonge en plein marais de la ville de Beurque City, au beau milieu des exodés et des exodards, des Renault fuyant les Benz, durant l’année du rat géant de la débacle. Son apôtre est Saint-Jean, un maquereau indésirable au Faubourg Saint Denis qui ne sait pas lire mais sait s’attacher les services de ses trois “nièces”. Fortuna aveugle et enceinte d’un enfant riche des chantages juteux dont il est la promesse; Roseline la rousse “aux yeux verts forcément”, Josette la brune timide qui, forte d’un “Dieu inusable”, engouffre Vierge et croix dans le sillon de ses seins.
Le narrateur, sorti d’une valise de riche, a pris la place du nouveau né ingrat. C’est à travers les agitations d’un bordel saturé de rouge qu’il nous fait découvrir les légendes d’un autre Faubourg, quartier relégué de la ville bourgeoise et villageoise qui se démasque sous l’occupation de von Brutus et de von Cheque.
Le vitriole de l’écriture, sous sa parodie célinienne, prend des accents attachants et mystiques. La jalousie violente des hommes cherche sa consolation; la fidélité de l’amitié dit sa foi dans les volutes d’une cigarette; la guérison est dans le don tandis que de toute part la mort l’emporte sur le théâtre du monde.
En ce sens, Miracles et légendes de mon pays en guerre est une belle leçon d’écriture où le foisonnement délirant à force de tout brasser redonne à l’homme sa place dans une histoire qui semblait l’abandonner.