Dans la foule, 2006, Ed. de Minuit 2006, 374 p., 19,50 €
29 Mai 1985 à Bruxelles, se joue la finale de la Coupe d’Europe opposant la Juventus de Turin au club de Liverpool. Soudain dans ce stade du Heysel, les tribunes se convulsent de violences. Coups, panique, piétinements, étouffements vont laisser trente neuf corps étendus sur le sol et des centaines de blessés.
Comme dans ses romans précédents, Laurent Mauvignier choisit de sonder cet événement à partir des voix intérieures de ses personnages. Mais c’est comme une nouvelle écriture, plus ample, plus vaste qui naît de ces monologues tentant de surnager dans ce débordement humain.
Dans la foule marque un tournant dans une œuvre qui s’est imposé dès 1999. Quel chemin parcouru depuis la nappe blanche de Loin d’eux que Tana va ici léguer à Jeff. En s’affrontant à l’histoire, les personnages y trouvent comme une nouvelle langue où le corps et la parole se cherchent à même l’homme. Il y a Tonio qui ne dit rien… Il y a Gabriel le bruxellois qui perd à se perdre… Il y a Geoff de Liverpool qui se laisse agir, otage de l’impulsion meurtrière de son frère hooligan, avant de disparaître sous les mensonges qui vont couvrir les faits.
Chacun plonge le lecteur dans l’expérience fragile d’une existence qui vibre, tâtonne, se contredit. Comme chez Nathalie Sarraute, l’émotion, la sensation sont la matière de cette expérience unique du langage. Dans la foule en devient une extraordinaire exploration de notre humanité, une humanité qui cherche et vit dans l’impossibilité à se trouver.